14 juin 1922 – 14 juin 2022 : 100ans que Mame Elhadji Abdoulaye Al Kabir nous a quitté

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El Hadj Abdoulaye ibn Seydi Mouhamad Al-Amine Niasse At-Tijanni, né le 02 octobre 1844 à Béli dans le Djolof au Sénégal, et mort le 14 juin 1922 à Kaolack, est un maître soufi sénégalais spécialisé dans l’exégèse du coran, un érudit appartenant à l’école de jurisprudence malikite et un grand calife de la confrérie Tijaniyya, fondateur de la branche Niassène de la Tijaniyya qui compte plus d’une centaine de millions de disciples à travers l’Afrique subsaharienne et le monde.

Une ligue de résistance contre la colonisation française est créée par Maba Diakhou Bâ ; suite à une demande écrite par ce très célèbre fondateur du Nioro du Rip sur les ruines de Paos, cité Mandingue du Badibou septentrionale où il avait pris le pouvoir aux princes Marones qui régnait jusque-là sur cette terre ; la plupart des marabouts répondirent à son appel, c’est ainsi qu’en 1865, son père Mouhamad Niass émigre dans le Rip pour y fonder le village de Niassène. El hadj Abdoulaye Niasse l’y rejoignît la même année et fonda à son tour le village de Taïba Niassène . Il eut ainsi à affronter les troupes dirigées par le très célèbre chef de guerre français, Émile Pinet-Laprade dans la vallée de Pathé Badiane. Une patrouille qu’il dirigeait, selon les documents d’archives français, eu à affronter le lieutenant Le Clairet sur le lieu des Pangols de Ndorong où se trouve actuellement le lycée commercial portant son nom.

En 1867 l’Almamy Maba Diakhou Bâ décède, Mouhamad Niasse se replie à Niassène et Abdoulaye Niasse s’engage dans la lutte armée dans les rangs de Saer Maty Ba fils et successeur de Maba. L’année 1871 marque le décès de sa mère Khadija et il est initié à la Tijaniyya en 1873 par son oncle maternel Ibrahima Thiam dit Serigne Kelelle. À cette même date, il entreprend en parallèle son agrégation religieuse chez Cheikh Mokhktar Fa’NDiaye Niane à Bamba-Langhème dans le Saloum.

C’est vers 1874 qu’Il contracte son premier mariage et en 1875 Il renouvelle son initiation à la Tijaniyya auprès d’un lieutenant d’El Hadj Oumar Tall, Mouhamad ibn Ibrahim Diallo, un guinéen du Fouta-Djalon de passage à Keur Mamadou Néné. L’année suivante soit en 1876 son père Mouhamad Niasse décède à son tour.

Pendant que l’Etat du Rip traverse des guerres internes et fratricides, le Roi du Saloum déclenche des hostilités revanchardes contre celui-ci. Le Village de Niassène et sa Grande Mosquée furent brûlés à cette période conflictuelle. Quoique, El Hadji Abdoulaye eut à écrire un ouvrage pendant cette période : « Miftâhoul-Anwâr wa Mounîloul-Asrâr ».

En 1882, Il s’engage d’un côté, dans des combats contre les animistes pour la défense de l’Etat Islamique légué par l’almamy du Rip et du Saloum, d’autre part, il entreprend avec d’autres sages des deux localités, des médiations entre parents et coreligionnaires belligérants (quelques membres de la famille de Maba-Diakhou dont son frère et successeur, l’Almamy Mamour-Ndari et certains Seigneurs de Guerre dont le Général Birane Cissé). Il participe en 1885 aux côtés du Bourba Alboury Ndiaye, à la bataille de Naoudourou pour secourir Saer Maty. Les colonisateurs interviennent militairement, dans le Rip, le dominent et l’annexent au Saloum de Guédel Mbodj, lui ainsi que Saer Maty et quelques Mujahidounes, font résistances, il engagea son dernier combat, lors de la célèbre bataille de Coumbof près de l’actuelle cité de Mbirkilane, puis certains combattant acceptent l’armistice et d’autres émigrent vers la Gambie où il séjournera courtement environ quatre années à Bathurst d’où il exerça la fonction de Vizir dans la Chefferie temporelle de Saer Maty ; avant de s’installer à Taïba-Niassène.

El hadj Abdoulaye s’engage désormais avec les autochtones au développement de sa ville : Transformation de la mosquée, forage du puits et revalorisation des terres et de la production agricole, il insère ainsi sa communauté dans le tissu agro-économique du Bassin Arachidier et très vite il va battre tous les records de production agricole, il fera intégrer une Classe Mauritanienne au Saloum les Idawa’ly et fructifie sa correspondance et ses échanges avec l’Elite Arabo-Islamique de la Sénégambie, de la Sous-Région et d’Afrique du Nord. Parallèlement, il crée son Daara, anime son Majliss et dirige sa zaouïa suivant le concept fondateur de la Tijaniyya.

Il occupera aussi d’importantes fonctions religieuses et spirituelles dans son agglomération : Imâm, Mufti, Cadi, juste après le décès de son oncle Serigne Kelelle. En 1890, la première biographie qui lui est consacrée est écrite, « Mouttrib Assâmiïne wan Nâzirîne », par Cheikh Mouhamad Ibn ’Abdoullah Ibn Mouhamad Ibn Mouhamad Assaghîr Attichity dit Ibn Mboja.

Des traités signés avec les souverains locaux placent la Sénégambie centrale sous l’autorité de la France et les rives gambiennes sous celle de l’Angleterre. El Hadji Abdoulaye, grâce à son engagement dans la culture arachidière et son action éducatrice, voit ses revenus augmenter ainsi que le nombre de ses disciples. D’ailleurs un rapport du commandant de Nioro le décrivait comme le marabout ayant le plus de disciples dans le Rip et dans le Saloum, de même, Paul Marty donne une idée assez précise de la distribution de la clientèle d’El hadj Abdoulaye Niass dans la Sénégambie, il fait valoir que de tous les groupements religieux dérivés d’El Hadj Oumar Tall, sa branche, était la plus importante, hors Fouta.

Cette influence grandissante finit par porter ombrage à Mandiaye Bâ, le fils de Mamour Ndary. Ce dernier, de concert avec l’administration coloniale, l’accuse d’inciter à la révolte contre les Français, aussi la Révolte de NDjouma le Peul à Malem Hodar et la Bataille du village de Diom contribuèrent à aggraver la situation et bien que l’accusation fût infondée, une dure répression s’abattit sur lui. En 1901, Le village de Taïba Niassène fut détruit par les Français, ses biens confisqués, sa mosquée incendiée et pillée. Il se réfugia, ainsi qu’un nombre important de ses disciples en Gambie, d’abord dans un village nommé Keur Samba Yacine à proximité de Ndiamacounda, puis à Sam à proximité de Khoughel.

À la date de 1890, El hadj Abdoulaye Niass décide de faire son pèlerinage à La Mecque, chose qui était très dure à l’époque ; ainsi il remonta le fleuve Gambie à sa source, parcouru les pays suivant : le Mali, le Burkina, le Niger, le Tchad pour arriver au Soudan (Port-Soudan) et de là-bas il traverse la mer rouge pour arriver à Yanbu, une ville côtière non loin de la Mecque, il débute alors son Hajj, et séjournera au Hedjaz pour ensuite visiter Médine et enfin il continue sa pérégrination en Égypte à Alexandrie et Le Caire où il obtint une très haute distinction de l’université al-Azhar, attestant de son érudition. Vraisemblablement, C’est à l’occasion de ce voyage qu’il fit connaissance avec des chérifs de l’illustre tribu mauritano-marocaine des Idaw’aly : Cheikh Mouhamad Ibn Cheikh al Chinguity et Cheikh Mouhamad Val al Fagha. Il devient la deuxième personnalité au Sénégal, après El Hadji Omar Tall, à avoir effectué le Hajj.
À son retour il continuera à vaquer à ses activités spirituelles et à s’occuper de sa famille. Il recevra la visite entre autres personnalités de Cheikh Ahmad ibn Assaêh (petit-fils de Cheikh Ahmad al Abdalawy et ambassadeur itinérant de la tarikha Tidjani).

C’est en 1910 qu’El Hadj Abdoulaye entama, accompagné de son fils ainé et futur successeur Muhammad Al Khalifa Niasse, un voyage au Maroc à la zaouïa mère de Fès où ils furent accueillis chaleureusement par les dignitaires. Il n’existait en Sénégambie à cette époque que des Ijaza Mouhayat c’est-à-dire limité à un nombre précis de mouqadam (représentant), ce contexte s’avéra difficile face aux innombrables sollicitations dont El hadj Abdoulaye faisait part, alors il décida de se rendre à la source muni du désir d’avoir l’autorisation illimitée. C’est par l’intermédiaire d’une des sommités de la zaouïa en l’occurrence Seydi Araby al Mouheb qu’il parvint à satisfaire sa demande. C’est au seuil de sa porte que El Hadj Abdoulaye fut conduit par un mystérieux homme qui le trouva au mausolée du cheikh Ahmed Tijani dans d’intenses invocations assis sous le pilier suprême. Leur rencontre entérina la totale satisfaction de ses supplications c’est ainsi qu’il a rapporté de précieux manuscrits contenant des arcanes et secrets indévoilables dont la permission pour le nom suprême (Ism’Allah al Adham), il lui fût aussi conféré l’Ijaza Itlaq : « consécration suprême dans la tarikha Tidjani » et il devient le premier en Sénégambie à cette époque à avoir eu ce grade ; le Manuscrit Original du Jawâhiroul’ Ma’âni lui est octroyé par le calife Mouhamad al Bachir Tidjani en personne, ainsi que quatre perles du Chapelet de Cheikh Ahmed Tijani, quelques-uns de ses cheveux, des effets personnels appartenant au Fondateur de la Voie, et il recevra en tout un total de six Ijâzâte (Consécrations) de : Cheikh Mouhammad Al-Bachîr ATTIJÂNY (petit fils de Cheikh Ahmed Tijani), Cheikh Ahmad AL-’ABDALLÂWY, Cheikh Sidi Taib AS-SOUFYÂNY, Cheikh Mouhamad Al-’Araby Al-Mouheb Al-SAJELMÂSSY, Cheikh ’Abdou’Karîm BANNISS, Cheikh Ahmad SOUKEYRIDJ

El Hadj Abdoulaye Niasse quitta ce monde terrestre le mercredi 14 juin 1922 et fût inhumé dans sa zaouïa d’après sa propre recommandation parce que disait-il comme d’illustres pôles qui lui avaient précédés comme Sidi Ali Tamacini, il avait atteint le maqamat Qutbaniya al Oudhma (pôle de son époque) et ne devait être enterré au cimetière comme l’administration coloniale stipulait, malgré cette prohibition, le commandant de cercle Brocard signa l’autorisation pour procéder à l’inhumation dans la zaouïa.

Source: Faydatidianiya.com

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